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| Œuvre Côi Nguôn (Origine) dans le Jardin X. |
| Photo : Sy Thuy/CVN |
À l’occasion du 51e anniversaire de la libération du Sud et de la réunification du pays (30 avril 1975 - 2026), pour la troisième fois, à la fin du mois d’avril, des anciens reporters de guerre de l’Agence Vietnamienne d’Information, accompagnés de leurs proches et amis, sont retournés à Côn Dao (Sud) pour rendre hommage aux héros martyrs au cimetière de Hàng Duong, se recueillir devant la tombe de l’héroïne Vo Thi Sau ainsi que dans d’autres sites historiques de l’île.
Cet archipel retrouve peu à peu sa beauté et son charme grâce à l’attachement de ceux qui y sont venus, l’ont aimé et ont choisi d’y rester. Il constitue aujourd’hui le foyer commun de plus de 12.000 habitants venus de toutes les régions du pays, contribuant à embellir l’île.
Dans les eaux du Sud-Est du Vietnam se trouve un archipel d’une grande beauté dont l’histoire rappelle celle d’un prince de conte de fées. Pourtant, durant 113 ans (1862-1975), il fut connu comme un “enfer sur terre” en raison de son système carcéral - cages à tigres et régimes de détention particulièrement brutaux et inhumains imposés par les forces coloniales. Environ 200.000 Vietnamiens y furent emprisonnés, dont plus de 20.000 y perdirent la vie, tandis que des milliers d’autres furent mutilés, paralysés ou marqués à vie par les séquelles des tortures subies.
Lors de cette visite, nous avons été particulièrement impressionnés par un projet en construction dans la zone 9 : un espace culturel et artistique en plein air baptisé “Jardin X”.
Sa propriétaire, née en 1973 à Hanoï, a suivi sa famille à Hô Chi Minh-Ville en septembre 1975 avant de s’installer à Côn Dao, où elle a acquis ce terrain et lancé le projet dès 2004. Le sculpteur Ngô Xuân Lai y assure la supervision, la conception et l’aménagement d’un espace culturel associant sculpture et architecture.
Univers de Ngô Xuân Lai
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| Ngô Xuân Lai au travail dans le Jardin X. Photo : NVCC/CVN |
Dans un contexte où les besoins culturels et artistiques deviennent de plus en plus diversifiés, la création d’espaces créatifs liés à la vie communautaire apparaît comme une orientation notable. À Côn Dao, le Jardin X illustre déjà cette connexion entre sculpture, architecture paysagère et vie insulaire.
Né en 1950, Ngô Xuân Lai a étudié de 1967 à 1974 à l’École nationale supérieure des beaux-arts de Saïgon (aujourd’hui Université des beaux-arts de Hô Chi Minh-Ville). Il a enseigné à l’École technique de Biên Hòa puis à l’École secondaire des arts décoratifs de Dông Nai. Entre 1979 et 1989, il a travaillé à l’Institut de planification de Hô Chi Minh-Ville avant de devenir professeur invité en architecture à l’Université polytechnique de Hô Chi Minh-Ville.
Beaucoup connaissent la figure du dragon de Suôi Tiên, longue de plus de 400 m, haute d’environ 10 m et large de 3 m, à l’intérieur de laquelle les visiteurs peuvent circuler. Cette œuvre, aujourd’hui appelée “Long Hoa hôi”, a été conçue et réalisée par Ngô Xuân Lai, bien que peu de personnes le sachent en raison de sa discrétion. Il ne participe ni aux associations artistiques, ni aux expositions individuelles, ni aux concours de sculpture. Il est également l’auteur de l’œuvre Dôi Ham Rông au cimetière de Hoa Viên Binh Duong (Hô Chi Minh-Ville), haute de 27 m et large de 113 m.
Le Jardin X est conçu comme un espace ouvert où la sculpture n’existe pas de manière isolée, mais en étroite relation avec l’architecture et le paysage. Les œuvres sont disposées parmi la végétation, les plans d’eau et la topographie naturelle, créant un ensemble harmonieux. Cela montre que le rôle de l’artiste dépasse la simple création pour inclure la conception d’espaces architecturaux.
Dans une perspective d’art contemporain, le Jardin X peut être appréhendé comme une pratique artistique in situ, où l’œuvre ne se dissocie pas de son contexte mais se construit dans une relation organique avec l’espace, la topographie et l’environnement naturel. Des éléments tels que la pierre locale, la direction des vents, l’humidité ou encore la structure du paysage ne sont pas de simples contraintes extérieures : ils deviennent partie intégrante du langage plastique. Cette interaction confère au Jardin X son identité singulière, tout en proposant une approche où sculpture, architecture et paysage sont pensés comme un ensemble indissociable.
Parmi les œuvres du jardin figure Côi Nguôn (Origine), réalisée entre novembre 2022 et avril 2023. L’installation mesure 12 m de large, 6 m de haut et 6 m de profondeur.
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| Processus de création de l’œuvre Côi Nguôn. |
| Photo : NVCC/CVN |
La vitalité de cette œuvre ne vient pas d’un apport extérieur : elle naît de la structure même de la construction. En faisant le tour de l’installation, l’image d’un bateau apparaît progressivement, non pas de manière frontale, mais à travers des angles de vue décalés. Le volume principal s’ouvre vers la mer tout en conservant un lien avec la terre située à l’arrière. Au pied de l’ouvrage se trouve un bassin d’eau calme en forme de feuille. Depuis la partie supérieure, l’eau s’écoule en une petite cascade continue, discrète mais suffisante pour donner un rythme à l’espace.
Sculpture et paysage
D’anciennes briques recyclées ont été disposées en cercle autour du bassin, portant les traces du temps. Elles ne sont plus de simples vestiges, mais deviennent un support sur lequel l’homme peut marcher, un lieu où le passé continue d’exister. Au centre apparaît discrètement une famille composée des parents, d’une fille offrant des fleurs et d’un fils exprimant son respect. Cette combinaison contribue à créer un espace à la fois enraciné dans l’héritage culturel et ouvert sur le présent, témoignant d’une volonté de préserver et de faire rayonner les traditions culturelles vietnamiennes dans le contexte contemporain de Côn Dao.
La création d’un espace artistique dans une zone insulaire comme Côn Dao pose de nombreux défis. L’éloignement du continent complique le transport des matériaux et des équipements. Les ressources humaines et les moyens de construction y sont limités, tandis que l’environnement marin, avec ses vents forts et son humidité élevée, exige des solutions techniques adaptées.
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| D’anciens reporters de l’Agence Vietnamienne d’Information en visite au Jardin X. |
| Photo : ST/CVN |
Au cours de son développement, le Jardin X a démontré une réelle capacité d’adaptation aux conditions locales : les blocs de pierre naturelle ont été conservés et intégrés à la composition spatiale, tout en étant transformés en éléments fonctionnels ; des briques anciennes issues de constructions antérieures ainsi que des matériaux disponibles sur place ont été réemployés, contribuant à former un ensemble architectural et paysager cohérent.
Espace ouvert
Lors d’un reportage télévisé consacré au sculpteur Ngô Xuân Lai, réalisé par TFS entre 2006 et 2007, celui-ci confiait : "Sur le plan des idées, chaque œuvre est un lieu où nous souhaitons transmettre quelque chose, dire ou démontrer quelque chose. D’abord pour nous-mêmes, puis pour que les autres puissent comprendre et partager ces pensées et ces émotions. Quant aux formes, je suis encore en quête, en continuant à travailler. Tout artiste aspire à trouver son propre langage, et je suis moi aussi sur ce chemin".
Cette conception se reflète dans la manière dont il façonne l’espace du Jardin X, où chaque œuvre ne se limite pas à une existence isolée, mais participe à la construction d’un ensemble culturel cohérent.
En 2022, environ 1.000 m² du terrain du Jardin X ont été réquisitionnés pour la construction d’une nouvelle route, divisant le site en deux parties distinctes. Face à cette situation, Ngô Xuân Lai ne s’est pas limité à la conception des portails et des clôtures : il a également contribué à la restauration et à la réorganisation de l’ensemble du terrain. Ce processus ne reposait pas sur un plan figé dès le départ, mais s’est construit progressivement à partir des réalités du chantier et de son expérience en matière de planification et d’organisation spatiale.
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| La propriétaire du Jardin X. |
| Photo : NVCC/CVN |
Fort de son parcours dans la conception et la réalisation de nombreux projets d’envergure, il a su proposer, étape par étape, des solutions adaptées permettant le développement progressif du jardin.
À ce jour, le site a non seulement surmonté les problèmes d’érosion, mais s’est progressivement transformé en un espace culturel porteur de multiples valeurs, dépassant largement les intentions initiales. Le Jardin X couvrait initialement 1.800 m². Après l’achèvement d’environ 60% du projet, la nouvelle route a été finalisée par les autorités locales. Le chantier s’est alors poursuivi avec la construction des clôtures et la réorganisation de l’espace restant, désormais situé de l’autre côté de la route. L’ensemble atteint aujourd’hui près de 3.000 m², à environ un kilomètre du centre de Côn Dao, constituant une destination attrayante pour les visiteurs vietnamiens et étrangers.
À ce jour, le projet est achevé à environ 90%. Conçu comme un espace ouvert, le Jardin X ne se limite pas à l’exposition d’œuvres, mais favorise également l’accès du public à l’art dans un environnement proche de la nature. Une fois achevé, il devrait devenir un véritable lieu de vie culturelle, contribuant à enrichir la vie artistique locale.
Sy Thuy - Quê Anh/CVN







